Un café, une histoire sur les Champs Elysées

Albert, le voisin du troisième étage !

Avec un air dépité, Albert annonce aux voisins l’existence des punaises du lit dans l’immeuble. L’inquiétude est généralisée sans que personne sache quel appartement est infecté !

Elles sont la… ou pas, de toute de façon je n’ai pas le temps pour faire le nécessaire et vérifier méticuleusement, millimètre par millimètres, à l’oeil nu. 

A la moindre poussière je flipperai et perdrai la couleur de mon visage, je ne serai pas tranquille toute la journée et ça sert à rien d’ajouter à la pénibilité de la journée une source de stresse inutile. 

Il faut sortir ! La tournée va bientôt commencer pour livrer mes clients souvent stressés et râleurs. Avec eux le premier effet de caféine n’a aucune utilité. Comme d’habitude, j’avance le sourire pour ouvrir la porte de chez moi, se retrouver en face des voisins la gueule souriante c’est nettement moins sauvage qu’une gueule fermée qui ne sourie jamais !  Cette fois-ci, je n’ai croisé personne dans le couloir, j’attendais l’ascenseur dans un silence des cimetières.

Toutefois, Albert, le voisin du 3ème étage m’attendait dans le parking avec son 500 grammes de chien ! Tellement petit qu’il trouve facilement sa place dans la poche de chemise d’Albert ! Chaque matin, il ouvre le capot de sa voiture et s’improvise mécanicien pour décortiquer l’anatomie de sa voiture 106 ! Deux bougies à la main, il gagne certes en crédibilité mais tout le monde sait que c’est sa propre technique pour observer les voisins !  

–   Ça va Albert ?

  • Tu parles ! puis il marmonne ! c’est ça façon de réponde, au mieux une vanne au pire la même histoire sur les 40 voisins qu’il a enterrés par sa force de résister au temps !  

– Ça va pas alors ? c’est trop grave ?

Il attendait ce moment pour se libérer et raconter  la diarrhée aiguë de son petit picatchou ! Quand je bosse, il sait aller à l’essentiel. Il réplique avec une certaine inquiétude dans le regard, de toute façon je ne le laisserai pas souffrir je le piquerai chez le véto..  

chien d Albert

 

Yorkshire d’Albert

Ma dernière phrase adressée à Albert c’était : 

– Bonne journée et bon courage à ton bébé, il  ne faut pas trop s’inquiéter, ça va passer ! donne lui un tajine aux pruneaux c’est efficace ! 

  • Tu te fous de ma gueule ! les pruneaux c’est contre la constipation, me sortait-il d’un air agacé ! 

– Oui tu as peut être raison Albert, alors donne lui un tajine aux coing ! Je ne peux pas me tromper cette fois-ci ! 

Il marmonnait encore, puis il me souhaitait une bonne tournée en me rappelant la galère des embouteillages à Paris. Il commençait déjà à réfléchir comment me vanner à mon retour en fin de journée.

Je démarre et je quitte le parking en regardant Albert dans le rétroviseur. Un signe affectif à ma manière qui témoigne de mon respect envers lui. Deux personnes loin de leurs familles, deviennent par la force des circonstances et par le lien des vannes une famille solide et solidaire.  

Sur l’A.86 la circulation devient pénible. À 15 kilomètres par heure c’est le rythme idéale pour réfléchir et refaire le monde, enfin refaire mon monde à moi. Mon esprit m’a posé une première question ! c’est quoi le bonheur ? J’ai préféré klaxonné pour prendre la sortie. L’impératif du devoir m’oblige à optimiser le trajet pour livrer mes clients à temps. Dans mon cas, le bonheur ne dépasse pas le niveau d’une circulation fluide et agréable.

Un besoin primaire qui me permet d’éviter les remarques désobligeantes de Christine et son mari. Les deux sont à la retraite mais pour casser la routine, ils ont décidé d’entreprendre dans la fabrication haut de gamme des salades de fruits destinés aux hôtels de luxe. Elles ne conduisent jamais et je n’ai pas le droit de justifier la nature du trafic devant eux. « Chacun son boulot et chacun ses contraintes, moi aussi j’ai envie d’arriver en retard mais je ne l’fais pas » dirait-elle si j’étais un peu en retard. L’ empathie n’existe plus dans notre quotidien. 

À force d’éviter les obstacles, de contourner les bouchons et au final revenir au même point à cause des sens interdis, la définition du bonheur devient de plus en plus claire et définitive dans ma tête. Le bonheur c’est la liberté de circuler sans pénibilité. 

J’ai fini ma tournée enfin, mais la note est très salée, un flash à une vitesse limitée à 50 km/h et un PV pour stationnement gênant ! Mon budget pour sorties verres/ cinés est grillé pour ce mois. c’est injuste c’est misérable ! Voila la seule forme qui nous reste pour contester.  

 

Un moment de qualité avec soi-même

Je rentre chez moi blasé avec un sentiment d’injustice qui gâche déjà ma soirée. J’ai envie de manger chaud mais rien ne me fait plaisir ! Quoique, un tajine Kafta oeufs me donne envie, c’est facile en préparation et délicieux avec un thé à la menthe. Mais, rapidement la réalité me rattrape, le frigo est vide ! Une carotte me regarde avec une peau vieille d’un mois et une aubergine pourrie qui arrive à l’étape finale de sa vie. Je jette tout dans la poubelle et je tourne en rond dans l’espoir de combiner une quelconque possibilité avec du sel et de l’huile. À l’oreille, j’entends une petite voix qui me dit « vas y chauffe l’huile et mets tes doigts dedans ! ça te fera une bonne friture, puis mange une main ce soir et garde l’autre pour demain » ! Délire d’une éventuelle démence ou prémisse d’un burn-out éminent ? je n’en sais rien, j’ai faim c’est tout. 

Je prends ma douche rapidement, ça gargouille en symphonie grave, mon ventre vide commence à me rendre doublement désagréable. Je dois descendre en bas, carrefour express est collé à l’immeuble, je réfléchis encore, j’hésite à passer à l’acte, c’est pas bon du tout, je mesure les conséquences, et au final je n’ai pas envie de m’habiller. J’ai décidé  de commander quelque chose peu importe le prix, je dois surmonter cette ambiance où le conflit avec moi-même s’intensifie ! Seule contrainte c’est le facteur temps qu’il faut prendre au sérieux face à l’urgence de la situation. Un kebab est finalement le bon compromis, la broche tournante de viande attire les affamés, le prix reste raisonnable et c’est rapide ! Trainer les pieds marque la séparation nette entre le corps et l’esprit ! démotivé, démoralisé et découragé, des ressentiments qui nous plongent davanatge dans la tristesse malgré nous ! 

Je quitte l’immeuble et je prends la première à gauche pour marcher vers Istanbul Grillades. De loin, je vois Albert qui rentre de sa petite balade avec sa petite chienne. Il n’arrive pas à me reconnaître de loin, mais à deux mètres il te dévisage comme un faucon pour ne pas rater son bonsoir à ses connaissances. J’ai allégé sa peine en lui disant ça y’est la petite chienne a bien marqué son territoire. Je savais que la réplique est immédiate ! Il me sort « j’allais changer de trottoir, avec ta capuche tu passes facilement pour un mec qui cherche une victime. Grâce à Dieu je vais rentrer sein et sauf ». Je ne rigole pas comme à l’accoutumé, Albert a vite compris que le moral au ras des pâquerettes !   

Il me propose de m’offrir un verre, je réponds que j’ai faim. « ll me reste de la salade verte, des tomates cerises et du fromage » disait Albert.  Je réponds « pas cette fois-ci, j’ai envie de manger chaud et gras ! J’ai besoin de sentir la joie des carnivores après un repas copieux et festif ! Sinon, tu peux partager avec moi la route, le temps de commander et je mangerai en marchant ». 

Ainsi, j’ai joins l’utile à l’agréable, les vannes d’Albert m’ont fait oublier le gras du kebab et la pénibilité de la journée.

Demain dimanche, je ne bosse pas, je vais pouvoir profiter d’une grasse matinée et faire du stand up en tant que comédien amateur.  

À suivre  

Arthé édito 

 

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